{"id":677,"date":"2026-08-28T11:22:43","date_gmt":"2026-08-28T10:22:43","guid":{"rendered":"https:\/\/afrikmigrante.com\/?p=677"},"modified":"2026-08-28T11:22:53","modified_gmt":"2026-08-28T10:22:53","slug":"migration-climatique-tchad-survie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/afrikmigrante.com\/index.php\/2026\/08\/28\/migration-climatique-tchad-survie\/","title":{"rendered":"Quand le climat pousse au d\u00e9part : au Tchad, la migration devient une strat\u00e9gie de survie"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au Tchad, le changement climatique ne d\u00e9place pas seulement les saisons. Il d\u00e9place les hommes, bouleverse les activit\u00e9s \u00e9conomiques et redessine peu \u00e0 peu les territoires de travail. Quand les p\u00e2turages se rar\u00e9fient, que les pluies deviennent impr\u00e9visibles ou que les eaux envahissent les terres cultivables, partir devient parfois la seule mani\u00e8re de pr\u00e9server un revenu. De l&rsquo;espace sah\u00e9lien au bassin du Lac Tchad, en passant par le Gu\u00e9ra et les provinces orientales, la migration appara\u00eet de plus en plus comme une r\u00e9ponse aux chocs climatiques. Face \u00e0 cette transformation, les politiques d&rsquo;adaptation du minist\u00e8re de l&rsquo;Environnement peuvent-elles r\u00e9ellement emp\u00eacher que le d\u00e9r\u00e8glement climatique ne devienne aussi une crise de l&#8217;emploi ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Quand la terre ne nourrit plus, les hommes se d\u00e9placent<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au Tchad, la question climatique commence par une question \u00e9conomique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pr\u00e8s de 80 % de la population d\u00e9pend de l&rsquo;agriculture et de l&rsquo;\u00e9levage, deux secteurs particuli\u00e8rement expos\u00e9s aux s\u00e9cheresses, aux inondations, \u00e0 la d\u00e9gradation des terres et aux variations des pluies. Une \u00e9tude r\u00e9cente consacr\u00e9e \u00e0 la mobilit\u00e9 humaine dans le contexte du changement climatique au Tchad montre que les populations du Batha, du Lac, du Mandoul et de N&rsquo;Djam\u00e9na d\u00e9veloppent diff\u00e9rentes formes de mobilit\u00e9 pour faire face \u00e0 la perte ou \u00e0 la fragilisation de leurs moyens de subsistance.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La migration n&rsquo;est donc pas toujours synonyme d&rsquo;exil d\u00e9finitif.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Elle peut \u00eatre saisonni\u00e8re, temporaire ou permanente. Un \u00e9leveur modifie son itin\u00e9raire de transhumance. Un agriculteur cherche une nouvelle terre. Un jeune quitte son village pendant plusieurs mois pour vendre sa force de travail en ville. Une famille d\u00e9plac\u00e9e par une inondation tente de reconstruire son activit\u00e9 ailleurs.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le climat agit ainsi comme un <strong>acc\u00e9l\u00e9rateur de mobilit\u00e9<\/strong>, mais aussi comme un facteur de transformation du march\u00e9 du travail.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Le Lac Tchad : quand l&rsquo;eau devient \u00e0 la fois ressource et menace<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans la province du Lac, cette contradiction est particuli\u00e8rement visible.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Agriculture, \u00e9levage et p\u00eache d\u00e9pendent \u00e9troitement de l&rsquo;eau. Mais les populations sont confront\u00e9es simultan\u00e9ment aux fluctuations hydrologiques, aux inondations, \u00e0 la d\u00e9gradation des terres et \u00e0 l&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9. En 2024, les inondations ont affect\u00e9 plus de 1,9 million de personnes dans l&rsquo;ensemble du Tchad, dont plus de 277 000 dans la seule province du Lac selon les donn\u00e9es reprises par la Matrice de suivi des d\u00e9placements de l&rsquo;OIM.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ici, il faut toutefois \u00e9viter un raccourci : tous les d\u00e9placements observ\u00e9s ne sont pas provoqu\u00e9s par le climat. Dans la province du Lac, les attaques de groupes arm\u00e9s restent la principale cause d\u00e9clar\u00e9e des d\u00e9placements.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais le climat vient compliquer une situation d\u00e9j\u00e0 fragile. Lorsque les terres agricoles sont endommag\u00e9es, que les p\u00e2turages se r\u00e9duisent ou que les infrastructures sont d\u00e9truites par les eaux, les m\u00e9nages perdent simultan\u00e9ment leur lieu de vie et leur outil de travail.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le d\u00e9placement devient alors aussi un d\u00e9placement de la main-d&rsquo;\u0153uvre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Gu\u00e9ra, Batha, Kanem : le travail suit l&rsquo;eau et les p\u00e2turages<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Plus au centre du pays, la logique est diff\u00e9rente, mais le r\u00e9sultat peut \u00eatre similaire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans les zones pastorales et agropastorales, la variabilit\u00e9 des pluies modifie les calendriers agricoles et les itin\u00e9raires de transhumance. Les ressources disponibles d\u00e9terminent de plus en plus o\u00f9 travailler, o\u00f9 cultiver et o\u00f9 conduire les troupeaux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le premier Plan national d&rsquo;adaptation du Tchad identifiait d\u00e9j\u00e0 plusieurs provinces dont le Kanem, le Barh el-Gazal, le Batha, le Gu\u00e9ra, le Hadjer-Lamis et le Wadi Fira parmi les zones particuli\u00e8rement vuln\u00e9rables aux effets du changement climatique. Il recommandait notamment de renforcer les revenus des agriculteurs, p\u00eacheurs et \u00e9leveurs, d&rsquo;am\u00e9liorer les infrastructures hydrauliques et de d\u00e9velopper des techniques de production adapt\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La question n&rsquo;est donc plus seulement : <strong>o\u00f9 les populations vont-elles vivre ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Elle devient : <strong>o\u00f9 pourront-elles encore travailler ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>\u00c0 l&rsquo;Est, le climat rencontre la pression d\u00e9mographique<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans l&rsquo;Est du Tchad, notamment dans le Ouadda\u00ef, le Sila et le Wadi Fira, le changement climatique se conjugue \u00e0 une autre pression : l&rsquo;arriv\u00e9e massive de populations d\u00e9plac\u00e9es par la guerre au Soudan.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les ressources naturelles deviennent alors davantage sollicit\u00e9es : eau, terres agricoles, p\u00e2turages et bois. La Banque mondiale souligne que les provinces orientales sont confront\u00e9es \u00e0 une forte vuln\u00e9rabilit\u00e9 climatique tout en accueillant un grand nombre de r\u00e9fugi\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le risque est celui d&rsquo;un cercle vicieux : la d\u00e9gradation environnementale r\u00e9duit les moyens de subsistance ; la raret\u00e9 des ressources pousse \u00e0 la mobilit\u00e9 ; l&rsquo;arriv\u00e9e de nouvelles populations augmente la pression sur les ressources ; cette pression peut \u00e0 son tour nourrir les tensions entre communaut\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans ce contexte, l&rsquo;adaptation climatique devient aussi une politique de pr\u00e9vention des d\u00e9placements et des conflits.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Que fait le minist\u00e8re de l&rsquo;Environnement ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le Tchad ne part pas de z\u00e9ro.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le minist\u00e8re de l&rsquo;Environnement, de la P\u00eache et du D\u00e9veloppement durable dispose d&rsquo;une Direction de lutte contre les changements climatiques charg\u00e9e notamment de suivre la vuln\u00e9rabilit\u00e9 climatique du pays et de mettre en \u0153uvre les programmes d&rsquo;adaptation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le pays s&rsquo;est \u00e9galement dot\u00e9 d&rsquo;un <strong>Plan national d&rsquo;adaptation<\/strong>, con\u00e7u comme un instrument de planification \u00e0 long terme. Parmi les priorit\u00e9s figurent la gestion de l&rsquo;eau, l&rsquo;am\u00e9lioration des syst\u00e8mes de production, le renforcement des capacit\u00e9s des producteurs et la gestion des risques climatiques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Des projets plus r\u00e9cents tentent de passer de la planification aux infrastructures. Le <strong>PRECICC<\/strong>, financ\u00e9 par la Banque africaine de d\u00e9veloppement et mis en \u0153uvre avec les minist\u00e8res sectoriels, cible notamment le Gu\u00e9ra, le Sila et le Ouadda\u00ef. Il pr\u00e9voit des infrastructures hydrauliques et sanitaires destin\u00e9es \u00e0 renforcer la r\u00e9silience des communaut\u00e9s. Dans le Ouadda\u00ef, le projet pr\u00e9voit notamment des postes d&rsquo;eau autonomes aliment\u00e9s par l&rsquo;\u00e9nergie solaire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le minist\u00e8re a \u00e9galement port\u00e9 des initiatives d&rsquo;int\u00e9gration du climat dans les politiques sectorielles, notamment \u00e0 travers le programme d&rsquo;<strong>Adaptation aux effets du changement climatique et de d\u00e9veloppement des \u00e9nergies renouvelables (AMCC-Tchad)<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Des r\u00e9ponses utiles, mais encore insuffisantes<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le probl\u00e8me est que l&rsquo;ampleur du choc climatique d\u00e9passe encore celle des r\u00e9ponses.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le gouvernement tchadien reconnaissait lui-m\u00eame, en 2023, que l&rsquo;insuffisance des ressources financi\u00e8res constituait un obstacle majeur \u00e0 la mise en \u0153uvre de son Plan national d&rsquo;adaptation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les investissements r\u00e9cents montrent n\u00e9anmoins que certaines solutions peuvent produire des effets \u00e9conomiques concrets. Dans le bassin du Lac Tchad, le projet PROLAC a notamment soutenu les infrastructures, les cha\u00eenes de valeur agricoles et les travaux publics. Selon la Banque mondiale, il a contribu\u00e9, \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle du Cameroun, du Tchad et du Niger, \u00e0 environ <strong>160 984 emplois<\/strong>, dont pr\u00e8s de 34 000 emplois directs li\u00e9s aux travaux publics.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces r\u00e9sultats indiquent une piste importante : <strong>l&rsquo;adaptation ne doit pas seulement prot\u00e9ger les populations contre le climat ; elle doit aussi prot\u00e9ger leur capacit\u00e9 \u00e0 travailler.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C&rsquo;est probablement l\u00e0 que se situe le principal angle mort des politiques actuelles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Construire un point d&rsquo;eau peut r\u00e9duire la vuln\u00e9rabilit\u00e9. R\u00e9habiliter un canal peut soutenir l&rsquo;agriculture. Restaurer un \u00e9cosyst\u00e8me peut pr\u00e9server l&rsquo;\u00e9levage et la p\u00eache. Mais si ces investissements ne s&rsquo;accompagnent pas de formation, d&rsquo;acc\u00e8s au cr\u00e9dit, de diversification des activit\u00e9s et de cr\u00e9ation d&#8217;emplois locaux, la pression migratoire risque de se maintenir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Le v\u00e9ritable d\u00e9fi : permettre de partir sans \u00eatre contraint de fuir<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au Tchad, la migration climatique ne doit donc pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e uniquement comme un probl\u00e8me \u00e0 emp\u00eacher.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La mobilit\u00e9 peut \u00eatre une strat\u00e9gie d&rsquo;adaptation saine lorsqu&rsquo;elle est choisie, temporaire et accompagn\u00e9e. Elle devient beaucoup plus dangereuse lorsqu&rsquo;elle est impos\u00e9e par la perte d&rsquo;un champ, d&rsquo;un troupeau, d&rsquo;un point d&rsquo;eau ou d&rsquo;un emploi.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;enjeu des prochaines ann\u00e9es sera donc de faire de l&rsquo;adaptation une v\u00e9ritable politique de <strong>s\u00e9curisation des moyens de subsistance<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il faudra investir dans l&rsquo;agriculture r\u00e9siliente, l&rsquo;\u00e9levage adapt\u00e9 aux nouvelles conditions climatiques, la gestion concert\u00e9e de l&rsquo;eau, les infrastructures rurales, les \u00e9nergies renouvelables et surtout les emplois non agricoles capables d&rsquo;absorber une main-d&rsquo;\u0153uvre rurale de plus en plus mobile.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au Tchad, le changement climatique ne fait pas seulement monter les temp\u00e9ratures. Il fait bouger les hommes, transforme les m\u00e9tiers et d\u00e9place les centres de gravit\u00e9 \u00e9conomiques. Demain, la question ne sera peut-\u00eatre plus de savoir combien de personnes migrent \u00e0 cause du climat, mais <strong>combien auront encore la possibilit\u00e9 de choisir de rester<\/strong>. Car l&rsquo;adaptation climatique ne sera v\u00e9ritablement r\u00e9ussie que lorsque partir redeviendra un choix et non la derni\u00e8re solution pour ceux dont la terre, l&rsquo;eau et le travail auront disparu.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Au Tchad, le changement climatique ne d\u00e9place pas seulement les saisons. 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