Diplômé mais sans perspectives, Alhassan, 29 ans, a tenté à deux reprises de quitter le Tchad pour se construire un avenir ailleurs. Son parcours, semé d’obstacles, illustre le destin de nombreux jeunes Africains en quête d’opportunités.

À 29 ans, Alhassan, diplômé en Chimie Organique, incarne une génération de jeunes tchadiens en quête de mieux-être, mais pris au piège d’un manque de perspectives professionnelles. Comme beaucoup de ses pairs, il a longtemps espéré que l’avenir lui sourirait, mais face à l’absence d’opportunités dans son pays d’origine, il a été contraint de chercher un échappatoire à sa réalité.
Une jeunesse marquée par l’incertitude
Après ses études, Alhassan n’a pas pu accéder aux emplois qu’il espérait. Malgré son diplôme, il a exercé plusieurs petits boulots : enseignant dans des collèges et lycées, agent de saisie, avant de tenter d’intégrer la fonction publique. Mais à chaque fois, l’échec. « On va coûte que coûte aller en Europe ou en Amérique, c’est mon rêve », confie-t-il avec détermination. Cette quête de mieux-être l’a poussé à prendre une décision radicale.
L’évasion en Turquie : un premier rêve brisé
En septembre 2022, Alhassan quitte le Tchad pour la Turquie, muni d’un visa touristique. Là-bas, la réalité de l’immigration clandestine le rattrape. Bien qu’il travaille comme ouvrier dans plusieurs entreprises de fabrication, il est sans cesse confronté à des conditions précaires. En mai 2024, son séjour prend un tournant dramatique : la police de l’immigration turque l’arrête et le place dans un camp de rétention pendant deux mois, avant de le rapatrier au Tchad.
Nicaragua, une nouvelle route migratoire
Ramené chez lui en juin 2024, Alhassan ne se laisse pas abattre. Avec les économies qu’il a pu conserver de son travail en Turquie, il achète un billet d’avion pour le Nicaragua, une nouvelle route migratoire moins fréquentée mais non moins périlleuse. Il décide alors de tenter sa chance sur cette route vers les États-Unis, un rêve qui ne le quitte pas.
Le périple à travers l’Amérique centrale
Son voyage débute au Cameroun, puis le conduit à travers plusieurs escales : le Maroc, l’Espagne, la Colombie, El Salvador, et enfin le Nicaragua. Un trajet épuisant de 72 heures, avec quatre escales successives. Arrivé au Nicaragua, il entre dans un réseau de passeurs qui le guide à travers un dangereux chemin terrestre, du Nicaragua au Mexique, pour atteindre les États-Unis.
La traversée du Mexique : entre espoir et désillusion
Arrivé au Mexique, Alhassan est pris dans une impasse. Bloqué pendant un mois faute de moyens, il touche le fond. Mais un seul ami, resté en contact avec lui tout au long de son périple, lui envoie 1000 dollars, permettant à Alhassan de poursuivre son trajet. « J’ai dû prendre des décisions risquées, mais c’était ma seule chance », raconte-t-il, un sourire furtif sur les lèvres.
Le rêve américain : déportation au Tchad
Après plusieurs mois d’errance, Alhassan arrive enfin aux États-Unis, où il se trouve dans un centre d’accueil pour demandeurs d’asile. Mais l’accession à son rêve américain est de courte durée. Le changement de politique sous l’administration de Donald Trump, hostile aux immigrants, entraîne sa déportation vers le Tchad.
Un retour difficile, mais une foi intacte
Aujourd’hui, de retour dans son pays natal, Alhassan recommence à zéro. Malgré la douleur de ses échecs successifs, il garde l’espoir de réussir un jour. « Mieux vaut souffrir ailleurs que de souffrir dans son propre pays », dit-il, témoin de la souffrance que peuvent éprouver ceux qui cherchent à se réinventer au sein de leur propre pays, sans jamais y parvenir.
L’histoire d’Alhassan est celle de milliers de jeunes migrants africains, confrontés aux obstacles économiques et sociaux dans leur pays d’origine, et qui tentent, souvent au péril de leur vie, de trouver des opportunités ailleurs. Mais malgré les épreuves, leur désir de changer de vie reste inébranlable. Alhassan en est le parfait exemple : il ne renonce jamais, convaincu qu’un jour, ses rêves se réaliseront.