Jeunesse et emploi au Tchad : cinq secteurs qui peuvent changer la donne
Agriculture, élevage, énergie solaire, numérique et BTP. Ces cinq secteurs concentrent aujourd’hui une partie des opportunités les plus concrètes pour une jeunesse tchadienne confrontée à un marché du travail étroit. À condition de passer de la formation à l’entrepreneuriat, et des projets aux véritables entreprises.
À N’Djamena, ils sont nombreux à déposer des CV sans réponse. Dans les provinces, d’autres jeunes préfèrent créer une activité avec quelques moyens plutôt que d’attendre un emploi qui tarde à venir. Le problème est connu : chaque année, de nouveaux demandeurs arrivent sur le marché du travail alors que l’administration et les grandes entreprises ne peuvent absorber tout le monde.
Mais derrière cette difficulté se cache une autre réalité : le Tchad dispose de marchés encore largement sous-exploités.
Le Plan national de développement « Tchad Connexion 2030 », qui prévoit des investissements publics et privés de près de 30 milliards de dollars autour de centaines de projets et réformes, entend justement accélérer la transformation économique du pays.
Pour les jeunes, la question est désormais de savoir où se trouvent les opportunités.
Agriculture : le champ devient une entreprise
Premier secteur, et probablement le plus évident : l’agriculture.

Mais il ne s’agit plus seulement de cultiver du mil, du sorgho ou de l’arachide. Le véritable potentiel se trouve dans la transformation et les services autour de la production : irrigation, semences, stockage, transport, transformation alimentaire, emballage ou commercialisation.
À Balimba, dans le Moyen-Chari, une ferme consacrée depuis plus de vingt ans à la formation des jeunes aux métiers agricoles et pastoraux illustre cette orientation. Fin août 2026, une mission de l’ONAPE est venue constater les activités et échanger sur les difficultés rencontrées par le promoteur.
Pour les spécialistes du développement rural, l’enjeu est désormais de faire du jeune non seulement un producteur, mais aussi un entrepreneur agricole capable de vendre, transformer et créer de la valeur.
Élevage : le potentiel est dans la chaîne de valeur
Deuxième locomotive : l’élevage.

Le Tchad possède un important potentiel pastoral, mais une grande partie de la valeur échappe encore aux jeunes entrepreneurs. Collecte du lait, transformation laitière, alimentation animale, services vétérinaires, vaccination, transport, commercialisation du bétail : les niches sont nombreuses.
Un jeune formé peut ainsi commencer avec une activité modeste et construire progressivement une PME.
« Il faut regarder l’élevage comme une chaîne de valeur et non comme une simple activité traditionnelle », résume en substance l’approche défendue par les acteurs de la formation professionnelle et du développement rural.
Le défi reste cependant la formation technique, l’accès au financement et surtout l’accès au marché.
Solaire : quand la crise énergétique devient un marché
Dans les quartiers de N’Djamena comme dans les villes secondaires, les besoins en électricité sont visibles au quotidien.

Le solaire pourrait alors devenir l’un des grands marchés de demain : installation et maintenance de panneaux, pompage solaire, électrification des boutiques, chambres froides, systèmes solaires pour les exploitations agricoles ou solutions d’éclairage.
Les offres d’emploi dans le photovoltaïque montrent déjà la demande pour des profils maîtrisant l’électricité, l’électronique et les installations solaires.
Pour un jeune, le modèle économique est relativement simple : se former, commencer par les installations domestiques, gagner la confiance des clients et évoluer vers des contrats plus importants.
Numérique : travailler depuis N’Djamena… ou depuis Abéché
Le quatrième secteur ne nécessite pas forcément un terrain ou une usine : c’est le numérique.

Développement web, graphisme, community management, montage vidéo, maintenance informatique, cybersécurité, commerce en ligne, services administratifs numériques : les possibilités se multiplient.
La transformation numérique de la formation professionnelle devient d’ailleurs un enjeu important pour adapter les compétences aux besoins du marché.
Pour les incubateurs et accompagnateurs de PME, le numérique présente un avantage majeur : le capital de départ peut être faible, mais la compétence doit être élevée.
Un ordinateur, une connexion et un savoir-faire peuvent permettre à un jeune de vendre ses services au Tchad, mais aussi à des clients à l’étranger.
BTP : derrière chaque grand chantier, des petites entreprises
Enfin, il y a les infrastructures.

Routes, bâtiments, réseaux d’eau, électricité, logements : les ambitions affichées dans « Tchad Connexion 2030 » devraient créer une demande pour une multitude de métiers. Le chantier ne profite pas uniquement aux grandes entreprises. Il ouvre aussi des marchés aux PME de plomberie, électricité, menuiserie métallique, peinture, maintenance ou fourniture de matériaux.
Le défi sera toutefois de faire émerger des entreprises capables de répondre aux standards des grands donneurs d’ordre.
Cela passe par la formation, la comptabilité, la formalisation, la qualité et l’accès au financement. Le secteur privé tchadien plaide d’ailleurs pour un meilleur accompagnement des porteurs de projets et une plus grande formalisation des activités économiques.
Le vrai défi : passer du potentiel à l’emploi
Agriculture, élevage, solaire, numérique, BTP : les secteurs sont identifiés. Les besoins existent. Les marchés aussi.
Mais entre une idée de projet et une PME qui embauche, il y a un fossé.
Il faut le financement, l’apprentissage pratique, l’accompagnement, les débouchés commerciaux et des entrepreneurs capables de gérer une entreprise.
C’est finalement là que se jouera la bataille de l’emploi des jeunes au Tchad. Le pays n’a pas seulement besoin de jeunes diplômés à la recherche d’un emploi. Il a besoin de jeunes capables de créer des entreprises, de répondre à une demande réelle et, demain, d’embaucher à leur tour.
Le défi de « Tchad Connexion 2030 » sera donc aussi celui-ci : faire en sorte que les grands investissements annoncés ne produisent pas uniquement des infrastructures, mais une nouvelle génération de PME tchadiennes capables de créer des emplois durables.
