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Politiques & Gouvernance

UE-Afrique : que contiennent réellement les accords migratoires ?

Redaction 10 septembre 2026 6 min de lecture
Illustration des relations et accords migratoires entre l’Union européenne et l’Union africaine.
Drapeau de l’Union européenne et de l'Union africaine illustrant les partenariats et accords migratoires entre les deux continents.

À Dakar, Niamey, Tunis ou Addis-Abeba, les accords migratoires signés avec l’Europe ne se lisent pas seulement en milliards d’euros et en communiqués diplomatiques. Ils se traduisent par des contrôles renforcés aux frontières, des retours de migrants, des formations pour les forces de sécurité, mais aussi par des promesses de visas, d’emplois et de mobilité. Derrière le mot « partenariat », une question demeure : qu’est-ce que l’Afrique obtient réellement en échange d’un rôle accru dans le contrôle des migrations vers l’Europe ?

Pour comprendre ces accords, il faut d’abord regarder la migration depuis l’Afrique. Un jeune Sénégalais qui envisage la traversée vers les Canaries, une famille soudanaise déplacée par la guerre ou un travailleur nigérian qui cherche une opportunité en Europe ne font pas face au même parcours. Pourtant, les politiques européennes tendent à les réunir dans une même catégorie : celle des « flux irréguliers » à contenir.

C’est précisément cette logique que l’Union européenne cherche aujourd’hui à renforcer. Au premier semestre 2026, les franchissements irréguliers des frontières européennes ont diminué de 37 %, avec environ 49 000 détections. Sur la route ouest-africaine, la baisse a été particulièrement forte. Mais la diminution des passages ne signifie pas la disparition du projet migratoire. Les itinéraires se déplacent, les départs changent de point de départ et les passeurs adaptent leurs méthodes.

L’argent contre la coopération

Dans les accords avec les pays africains, l’argent constitue l’un des principaux leviers européens. Il finance la gestion des frontières, la lutte contre les réseaux de passeurs, les retours et la réintégration, mais aussi des programmes de développement.

Le problème, pour plusieurs gouvernements africains, est que ces financements répondent à des priorités européennes très précises. La coopération devient ainsi un marché politique : l’Europe cherche davantage de contrôle et de retours ; les États africains demandent en contrepartie des investissements, des emplois, des formations et une mobilité plus accessible pour leurs citoyens.

Cette négociation est particulièrement visible en Afrique du Nord. Avec l’Égypte, le partenariat stratégique conclu en 2024 prévoit 7,4 milliards d’euros pour 2024-2027, dont une enveloppe destinée spécifiquement à la coopération migratoire. Avec la Tunisie, l’Union européenne finance également des programmes liés au contrôle des frontières et à la lutte contre les passeurs.

Mais une enveloppe financière ne raconte pas toute l’histoire. Pour les pays africains, la vraie question est souvent celle de la contrepartie : combien de possibilités légales de partir travailler ou étudier en Europe sont réellement créées ?

Les portes légales restent étroites

L’UE a développé les « Talent Partnerships » avec notamment la Tunisie, le Maroc et l’Égypte. Le principe est simple : organiser une partie de la mobilité professionnelle en fonction des besoins européens de main-d’œuvre.

Sur le papier, c’est un changement important. L’Africain n’est plus seulement présenté comme une personne à empêcher de partir ; il peut devenir un travailleur recherché par une économie européenne confrontée au vieillissement de sa population.

Mais ces possibilités restent limitées par rapport à l’ampleur de la demande de mobilité. Pour un jeune diplômé africain, obtenir un contrat, un visa ou une place dans un programme de mobilité légale demeure autrement plus difficile que de trouver un intermédiaire promettant une traversée clandestine.

C’est là que se trouve l’une des contradictions du partenariat : l’Europe demande aux pays africains de fermer certaines routes tout en ouvrant seulement quelques portes.

Le retour, nouvelle priorité européenne

Depuis 2026, cette dimension est devenue encore plus importante. Le nouveau cadre européen vise à accélérer les procédures de retour des personnes considérées comme n’ayant pas le droit de rester dans l’UE.

Et le débat ne s’arrête plus aux retours vers les pays d’origine. Cinq pays européens dont Allemagne, Autriche, Danemark, Grèce et Pays-Bas travaillent désormais à des accords avec des pays non européens pour installer des « hubs de retour », potentiellement en Afrique. Leur objectif est de pouvoir y transférer certaines personnes dont la demande d’asile a été rejetée. Le projet pourrait commencer à être opérationnel à partir de 2027.

Pour les capitales africaines, cette évolution pose une question de souveraineté. Accueillir des personnes qui ne sont pas leurs ressortissants en échange d’un financement peut être rentable à court terme. Mais cela peut aussi transformer certains pays africains en espaces intermédiaires du dispositif migratoire européen.

Une coopération à rééquilibrer

Depuis des années, les dirigeants africains réclament une approche qui ne réduise pas la migration à la sécurité. La mobilité intra-africaine, les transferts d’argent des diasporas, les études, les migrations de travail et les déplacements liés aux conflits font partie d’une réalité beaucoup plus vaste.

Le continent africain n’est d’ailleurs pas seulement un espace de départ vers l’Europe. Une grande partie des migrations africaines se déroule à l’intérieur même du continent. Les travailleurs se déplacent vers les économies voisines, les réfugiés franchissent les frontières régionales et les familles utilisent les réseaux commerciaux et communautaires pour survivre.

C’est pourquoi le véritable test des accords UE-Afrique ne sera pas uniquement le nombre de bateaux qui arrivent en Europe. Il sera aussi de savoir si ces partenariats permettent à un jeune Africain de choisir entre plusieurs formes de mobilité, partir légalement, travailler dans son pays, étudier dans un autre pays africain ou revenir après une expérience en Europe plutôt que de réduire ses choix à une seule alternative : rester ou risquer sa vie sur une route clandestine.

Pour l’Afrique, l’enjeu n’est donc pas seulement de négocier combien l’Europe paiera pour contrôler ses frontières. Il est de négocier les conditions dans lesquelles les Africains pourront continuer à circuler, travailler et construire leur avenir, en Afrique comme au-delà du continent.

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