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Transhumance

Climat et transhumance : des routes ancestrales bouleversées

Redaction 27 août 2026 4 min de lecture
roupeau de bœufs en mouvement sur une terre aride au Tchad, illustrant l'impact de la sécheresse sur la transhumance.
Face au assèchement des points d'eau et à la raréfaction des pâturages, les éleveurs tchadiens adaptent leurs routes pastorales.

À l’aube, lorsque le ciel commence à peine à s’éclaircir sur les plaines du Batha, le campement s’anime. Les bœufs se lèvent lentement, les enfants rassemblent quelques affaires et les éleveurs se préparent à reprendre la route. Ici, partir avec le troupeau n’est pas une décision prise à la légère. C’est une habitude transmise de père en fils, au rythme des saisons. Mais les saisons, justement, ne sont plus les mêmes.

« Avant, on connaissait les endroits où l’eau restait longtemps et les périodes où l’herbe repoussait », raconte un éleveur du Batha. Il observe son troupeau avant de poursuivre : « Maintenant, on peut arriver quelque part et trouver la mare complètement sèche. Il faut alors continuer. »

Pour de nombreux pasteurs tchadiens, cette incertitude est devenue quotidienne. Les pluies sont moins régulières, les pâturages s’épuisent plus rapidement et les points d’eau ne suffisent plus toujours à répondre aux besoins des troupeaux. La transhumance, qui permet depuis des générations de suivre les ressources disponibles, doit donc s’adapter à un climat de plus en plus imprévisible.

Sur les anciennes routes pastorales, les changements se font sentir. Certains éleveurs partent plus tôt qu’auparavant. D’autres prolongent leur déplacement ou empruntent de nouveaux itinéraires à la recherche de pâturages. Une décision peut parfois être prise simplement à partir d’une information reçue d’un autre éleveur : une mare encore remplie, une zone où l’herbe résiste ou, au contraire, un pâturage déjà épuisé.

Cette mobilité est une force du pastoralisme tchadien. Les éleveurs ont toujours su lire leur environnement, reconnaître les signes de la saison et adapter leurs déplacements. Mais lorsque les sécheresses se répètent, ces connaissances traditionnelles atteignent leurs limites.

« Le problème, ce n’est pas seulement de marcher plus longtemps », explique un autre pasteur. « C’est de savoir où aller sans perdre les animaux en chemin. »

Car chaque kilomètre supplémentaire représente du temps, de l’argent et des risques. Un troupeau affaibli donne moins de lait et perd de sa valeur. Pour certaines familles, il faut alors vendre quelques animaux pour éviter de voir l’ensemble du troupeau dépérir.

À cette pression climatique s’ajoute celle de l’accès aux terres. Lorsque l’eau et l’herbe diminuent, agriculteurs et éleveurs se retrouvent parfois sur les mêmes espaces. Le passage d’un troupeau dans un champ cultivé peut rapidement provoquer une dispute. Les couloirs de transhumance deviennent alors essentiels pour organiser les déplacements et limiter les conflits.

Pourtant, dans plusieurs communautés, des solutions locales se mettent en place. Éleveurs et agriculteurs se réunissent pour discuter des périodes de passage, de l’accès aux points d’eau et de la protection des cultures. La réhabilitation des mares et des puits, l’entretien des couloirs de transhumance et une meilleure circulation de l’information peuvent également aider les familles pastorales à mieux anticiper leurs déplacements

Certains éleveurs cherchent aussi à diversifier leurs activités. Petit commerce, agriculture, vente d’animaux : les stratégies se multiplient pour ne plus dépendre entièrement d’un troupeau soumis aux aléas climatiques.

Dans les campements, le changement se raconte surtout à travers les souvenirs. Les anciens parlent des anciennes routes, des longues haltes près des mares et des pâturages autrefois plus abondants. Les jeunes, eux, apprennent à se déplacer autrement

La transhumance tchadienne n’est donc pas en train de disparaître. Elle se transforme. Ses routes ancestrales sont progressivement redessinées par la sécheresse, la pression sur les ressources et les changements du climat.

Derrière chaque départ, il y a désormais une question simple mais lourde de conséquences : où trouver de l’eau et de l’herbe demain ?

Pour les pasteurs tchadiens, continuer à avancer reste une nécessité. Mais sur ces routes qu’ils connaissent depuis des générations, personne ne peut plus être certain de trouver, au prochain arrêt, les mêmes paysages qu’hier.

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