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Opportunités & Réussites

Réussir chez soi : une alternative crédible à la migration ?

Redaction 27 août 2026 5 min de lecture
Jeunes Tchadiens en session de formation aux compétences numériques et au marketing digital à N'Djamena.
Photo d'une session de formation professionnelle axée sur les compétences digitales. Elle illustre les alternatives locales à la migration au Tchad en mettant en avant le développement de talents technologiques et l'auto-emploi pour la jeunesse.

Au Tchad, partir reste pour beaucoup de jeunes le symbole d’une réussite possible. Pourtant, entre entrepreneuriat, numérique, agriculture et métiers spécialisés, une autre voie se dessine : celle de réussir sans quitter son pays. Encore faut-il créer les conditions pour que cette ambition ne reste pas un simple discours.

À N’Djamena, la question revient comme une rengaine dans les conversations de famille, les « grands-places » et les cours d’université : partir ou rester ?

Pour beaucoup de jeunes Tchadiens, la migration apparaît comme une porte de sortie, parfois comme la seule porte. L’Europe, l’Afrique du Nord ou les pays voisins deviennent alors des horizons de réussite rêvée. On parle du cousin qui a « réussi dehors », de l’ami qui envoie de l’argent depuis l’étranger, de celui qui, après avoir traversé le désert, a enfin trouvé un emploi.

Mais derrière chaque départ, il y a une interrogation que l’on pose rarement : et si l’on pouvait réussir ici, chez nous ?

La question n’est pas de condamner ceux qui partent. Qui peut reprocher à un jeune de chercher ailleurs ce qu’il ne trouve pas ici ? Le véritable enjeu est plutôt de savoir si le Tchad peut créer les conditions pour que rester ne soit plus synonyme de renoncer.

Ces réussites qui existent déjà

Des réussites tchadiennes existent. Elles sont parfois discrètes, loin des projecteurs et des discours officiels. Elles se trouvent dans ces petites entreprises qui commencent avec un téléphone et quelques économies, dans ces jeunes qui transforment une compétence numérique en activité professionnelle, dans ces agriculteurs qui expérimentent de nouvelles méthodes, dans ces artisans qui refusent de considérer leur métier comme une condamnation à la précarité.

Prenons l’exemple de Mahamat, jeune diplômé de N’Djamena. Après plusieurs mois à déposer des CV sans réponse, il aurait pu prendre le chemin du désert, comme certains de ses camarades. Il a plutôt décidé d’apprendre le marketing numérique.

Un ordinateur d’occasion, une connexion internet parfois capricieuse, beaucoup de nuits blanches : voilà son capital de départ.

Aujourd’hui, il accompagne de petites entreprises dans leur communication et fait travailler, à son tour, d’autres jeunes.

Son histoire n’est pas celle d’un miracle. C’est celle d’une opportunité saisie.

Mais combien de Mahamat peuvent-ils réellement émerger ? Voilà le cœur du problème.

Donner des raisons de rester

On ne peut pas demander à la jeunesse de « rester au pays » sans lui donner les raisons de rester.

Le patriotisme ne remplace pas un emploi. L’amour de la patrie ne paie pas un loyer. Le discours ne crée pas une entreprise. Si l’on veut faire de la réussite locale une alternative crédible à la migration, il faut donc passer des exhortations aux conditions concrètes.

La première condition, c’est l’emploi. Le Tchad a besoin d’une économie capable d’absorber sa jeunesse. Cela passe par l’agriculture, l’élevage, les services, le numérique, les métiers techniques, les industries de transformation et l’entrepreneuriat.

Il ne suffit plus de produire des diplômés ; il faut produire des compétences directement utiles à l’économie.

La deuxième condition, c’est l’accès au financement. Beaucoup de jeunes ont des idées, parfois excellentes, mais une idée sans capital reste une idée. Les banques demandent des garanties que le jeune entrepreneur ne possède pas. Les dispositifs d’appui sont souvent difficiles d’accès.

Pourtant, accompagner un jeune à démarrer une activité productive, ce n’est pas lui faire une faveur : c’est investir dans l’économie nationale.

La troisième condition est celle de la dignité professionnelle.

Réussir chez soi, ce n’est pas seulement gagner de l’argent. C’est pouvoir construire une vie, être reconnu pour son travail, se projeter dans l’avenir et croire que ses enfants auront davantage de possibilités que soi.

Le mérite doit pouvoir parler plus fort

Il faut également parler de gouvernance. Car comment demander à la jeunesse de croire en son pays lorsque le mérite semble parfois moins puissant que les relations, lorsque l’accès aux opportunités manque de transparence, lorsque certains talents restent sur le bord du chemin ?

La jeunesse ne demande pas qu’on lui ouvre toutes les portes. Elle demande que les portes soient réellement accessibles.

Créer un environnement favorable à la réussite signifie aussi garantir davantage de transparence, encourager l’initiative privée, protéger les entrepreneurs et valoriser les compétences. Un jeune qui sait que son travail peut être récompensé aura moins de raisons de considérer l’exil comme son unique horizon.

Migrer : un choix, pas une fuite

La migration ne disparaîtra pas, et elle ne doit d’ailleurs pas être présentée comme un mal absolu. Voyager, étudier, travailler ailleurs et découvrir d’autres économies peuvent enrichir un individu et, à terme, son pays. Le véritable échec serait de construire une société où partir devient la seule stratégie rationnelle pour réussir.

Le Tchad possède des ressources naturelles. Mais sa ressource la plus décisive est humaine. Cette jeunesse qui rêve de l’ailleurs peut aussi devenir celle qui bâtira l’ici.

Alors, la question n’est peut-être pas : « Pourquoi les jeunes veulent-ils partir ? »

Elle est plutôt : « Qu’allons-nous faire pour qu’ils puissent choisir de rester ? »

Car lorsque rester devient une possibilité réelle de réussite, la migration cesse d’être une fuite obligatoire. Elle redevient un choix.

Et un pays qui donne à sa jeunesse le droit de choisir son avenir est un pays qui commence véritablement à construire le sien.

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