Transhumance au Tchad : quand les routes de la mobilité deviennent des lignes de fracture
À l’aube, les troupeaux prennent la route. Guidés par les éleveurs, ils avancent à la recherche d’eau et de pâturages, empruntant des couloirs de transhumance qui relient les espaces pastoraux aux points d’eau. Mais, au fil des saisons, ces itinéraires deviennent de plus en plus difficiles à parcourir.
Des routes de mobilité sous pression
Au Tchad, l’extension des terres agricoles, la dégradation des pâturages et la pression sur les ressources réduisent les espaces disponibles pour les éleveurs. Certains couloirs sont rétrécis par les cultures, mal matérialisés ou contestés. Lorsqu’un troupeau pénètre dans un champ, un simple incident peut rapidement dégénérer.
Quand le passage devient conflit
Les violences documentées ces dernières années illustrent cette tension. Amnesty International relève notamment des affrontements liés aux incursions de bétail dans les cultures et à l’installation de champs sur des couloirs de transhumance.
En mai 2025, à Mandakao, dans la province du Logone-Occidental, un différend autour des limites entre espaces agricoles et pastoraux a dégénéré en affrontements meurtriers. Human Rights Watch rapporte au moins 41 morts et six blessés, selon le bilan communiqué par les autorités tchadiennes, tandis qu’Amnesty International fait état de 47 morts. Derrière ces chiffres se trouve une réalité : lorsque les espaces de passage deviennent incertains, la mobilité des troupeaux peut devenir une source de confrontation.
Le climat change les itinéraires
La raréfaction de l’eau et des pâturages pousse également les troupeaux à parcourir de plus longues distances, parfois vers des zones agricoles. En 2024, les conflits intercommunautaires liés notamment à la terre, à l’eau et à la transhumance ont fait 182 morts et 149 blessés au Tchad, selon les Nations unies.
Organiser la mobilité pour prévenir les violences
L’enjeu n’est donc pas d’empêcher la transhumance, mais de mieux l’organiser. Délimiter et baliser les couloirs, aménager les points d’eau, renforcer la médiation et associer les communautés peuvent réduire les tensions.
Car derrière chaque troupeau en mouvement, il y a une nécessité : trouver de l’eau, de l’herbe et un passage sûr. Préserver ces routes, c’est aussi éviter que le chemin des uns ne devienne la menace des autres.
