Libre circulation en Afrique : promesse ou réalité ?
De N’Djamena au Cameroun, le voyageur africain peut franchir une frontière sans visa, mais pas forcément sans tracasseries. Entre les engagements de l’Union africaine et la réalité des routes, la libre circulation reste encore un parcours semé d’obstacles.
Sur le papier, l’Afrique veut abolir ses frontières. En 2018, l’Union africaine a adopté le Protocole relatif à la libre circulation des personnes, au droit de résidence et au droit d’établissement. L’objectif est de faciliter progressivement les déplacements des Africains sur le continent.
Dans l’espace CEMAC, cette ambition est également inscrite dans les engagements communautaires. Un ressortissant tchadien peut ainsi se rendre au Cameroun sans visa lorsqu’il remplit les conditions prévues par les textes. Mais une fois la frontière franchie, une autre réalité commence.
Hamid Mahamat Hassan, voyageur tchadien, en a fait l’expérience lors de ses déplacements au Cameroun. Avec son passeport tchadien, il peut franchir la frontière, mais son trajet ne s’arrête pas au poste-frontière. Sur la route, les contrôles se multiplient aux différentes barrières.
À chaque étape, les documents peuvent être demandés. Et, selon son témoignage, il faut également payer à plusieurs barrières jusqu’à l’arrivée à destination.
Cette situation pose une question essentielle : à quoi sert la suppression du visa si le déplacement reste soumis à une succession de contrôles et de paiements sur les routes ?
Pour le voyageur, la libre circulation ne devrait pourtant pas signifier uniquement l’absence de visa. Elle devrait également permettre de se déplacer sans tracasseries répétées, sans paiements informels et sans contrôles abusifs.
Le cas de Hamid Mahamat Hassan illustre ainsi le décalage entre le droit et la pratique. Le passeport peut ouvrir la frontière internationale, mais il ne garantit pas nécessairement un voyage libre et serein à l’intérieur du pays d’accueil.
Le problème ne concerne d’ailleurs pas uniquement les voyageurs ordinaires. Commerçants, transporteurs, étudiants et travailleurs migrants sont également confrontés aux conséquences de ces pratiques. Chaque arrêt représente du temps perdu et, lorsqu’un paiement est exigé, une dépense supplémentaire.
Or, l’Union africaine considère la libre circulation comme un élément essentiel de l’intégration du continent. En 2025, elle reconnaissait encore que la mise en œuvre des engagements en matière de mobilité restait inégale.
Entre les textes adoptés dans les capitales africaines et les réalités vécues sur les routes, le contraste demeure donc saisissant.
Pour Hamid Mahamat Hassan, comme pour beaucoup d’autres voyageurs africains, la question est simple : si mon passeport me permet de franchir la frontière, pourquoi dois-je encore payer à chaque barrière jusqu’à ma destination ?
La libre circulation africaine existe donc dans les textes. Mais sur le terrain, elle reste une promesse à concrétiser. L’Afrique a commencé à supprimer certaines frontières administratives. Il lui reste désormais à s’attaquer aux barrières qui persistent dans les pratiques quotidiennes.
