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Quand fuir la guerre ne suffit plus : les femmes déplacées face à la violence au Tchad

Gloria Ngabaroum 11 septembre 2026 4 min de lecture
Mères et enfants réfugiés soudanais rassemblés à l'extérieur de tentes dans un camp d'accueil à l'est du Tchad.
Dans les camps de l'Est du Tchad, les femmes déplacées et leurs enfants font face à la précarité et aux traumatismes de l'exil.

Au Tchad, derrière les chiffres du déplacement forcé, il y a des femmes qui ont traversé les frontières avec leurs enfants, leurs blessures et leurs silences. Réfugiées, déplacées internes ou migrantes, elles portent une autre guerre : celle qui s’attaque à leur corps, à leur dignité et à leur droit de vivre en sécurité.

À l’Est du Tchad, lorsque les femmes soudanaises franchissent la frontière, beaucoup pensent avoir enfin échappé à l’horreur. Elles arrivent pourtant avec des récits difficiles à entendre : violences sexuelles, enlèvements, agressions, traumatismes, séparations familiales. Pour certaines, le chemin de l’exil n’a pas été un chemin vers la sécurité, mais une succession d’épreuves.

Depuis le début de la guerre au Soudan en avril 2023, le Tchad accueille un nombre considérable de réfugiés. Parmi eux, les femmes et les enfants sont majoritaires. En juillet 2025, l’UNFPA estimait à plus de 875 000 le nombre de réfugiés soudanais présents dans le pays, auxquels s’ajoutaient plus de 300 000 retournés. Les femmes et les enfants représentaient près de 87 % de cette population déplacée.

Mais la violence ne s’arrête pas nécessairement à la frontière.

Dans les camps et les zones d’accueil, une femme peut être exposée en allant chercher de l’eau, du bois ou de la nourriture. Ce qui devrait être un geste ordinaire devient parfois une prise de risque. L’éloignement des points d’eau et des ressources, l’insécurité, la pauvreté et la dépendance économique peuvent accroître l’exposition au harcèlement et aux violences sexuelles.

Les femmes déplacées internes ne sont pas épargnées. Dans les provinces touchées par les conflits, les inondations ou les crises alimentaires, elles doivent souvent reconstruire leur vie dans des environnements où les services de protection et de santé sont déjà fragiles. En mars 2025, l’UNFPA estimait que plus de 1,9 million de personnes étaient déplacées de force au Tchad et soulignait l’augmentation des risques de violences basées sur le genre.

Il faut alors regarder au-delà des statistiques.

Derrière chaque cas de viol, d’agression, de mariage forcé ou de violence psychologique, il y a une personne. Une mère qui tente de protéger ses enfants. Une jeune fille qui ne sait plus à qui faire confiance. Une veuve qui doit travailler malgré ses blessures. Une femme qui dort dans un abri précaire et qui, chaque matin, doit trouver la force de recommencer.

Et pourtant, elles ne sont pas seulement des victimes.

Dans les camps de l’Est, des espaces sûrs permettent aujourd’hui à des femmes et des filles de recevoir une écoute, des soins, un accompagnement psychologique et une orientation vers les services disponibles. À Iridimi, dans la province du Wadi-Fira, ces espaces sont devenus des lieux où les survivantes peuvent progressivement retrouver confiance et dignité.

Le Tchad est ainsi confronté à un double impératif : protéger celles qui ont déjà tout perdu et empêcher que leur vulnérabilité ne devienne une nouvelle forme de violence.

Cela exige des moyens, mais aussi un changement de regard. Une femme réfugiée, migrante ou déplacée n’est pas un simple chiffre dans un rapport humanitaire. Elle est une citoyenne du monde, une mère, une fille, une sœur, une travailleuse, une actrice de sa communauté. Elle possède des droits qui ne disparaissent ni avec la guerre, ni avec l’exil, ni avec la pauvreté.

Le combat contre les violences basées sur le genre ne peut donc pas être une réponse ponctuelle à une crise. Il doit devenir un engagement durable : renforcer les services de santé, garantir l’accès à la justice, soutenir les survivantes, sécuriser les points d’eau et les lieux de déplacement, renforcer l’autonomie économique des femmes et surtout leur donner la parole.

Car au fond, la question est simple : combien de fois une femme doit-elle fuir avant de pouvoir enfin se sentir en sécurité ?

Le Tchad a ouvert ses frontières à celles et ceux qui fuient la guerre. Il doit désormais veiller à ce que la terre d’accueil soit aussi une terre de protection. Parce qu’accueillir une femme qui a survécu à la violence, ce n’est pas seulement lui offrir un abri. C’est lui rendre la possibilité de vivre sans peur, de reconstruire son avenir et de croire à nouveau en sa dignité.

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