Soudan : quand l’aide humanitaire s’épuise avant les besoins
Au Soudan, la guerre ne chasse pas seulement les familles de leurs maisons. Elle épuise aussi les réserves de ceux qui tentent de les secourir. À l’approche de la fin septembre, l’aide humanitaire risque de manquer, alors que des millions de personnes déplacées affrontent les pluies, les inondations, l’insécurité et le manque d’abris. L’OIM tire la sonnette d’alarme : sans nouveaux financements, le dispositif humanitaire pourrait s’effondrer dans les prochaines semaines.
Une crise qui ne laisse personne à l’abri
Dans les villes et les villages meurtris par le conflit, la pluie tombe désormais comme une épreuve supplémentaire. Pour ceux qui ont déjà perdu leur maison, chaque averse peut transformer un abri précaire en nouvelle catastrophe.
Selon la Matrice de suivi des déplacements de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), 8,6 millions de personnes sont toujours déplacées à l’intérieur du Soudan, tandis que 4,9 millions sont retournées dans leurs régions d’origine.
Près de 70 % des déplacés internes vivent chez des familles d’accueil ou dans des installations informelles. Derrière ces statistiques se trouvent des familles qui partagent un espace déjà étroit, des enfants exposés aux intempéries et des communautés d’accueil qui portent elles-mêmes le poids d’une crise qui s’éternise.
« Nous ne pouvons tout simplement pas tourner le dos au peuple soudanais alors qu’il a plus que jamais besoin de nous », a averti Amy Pope, directrice générale de l’OIM.
Quand les stocks commencent à parler
Depuis juillet 2023, le mécanisme commun d’acheminement de l’aide humanitaire géré par l’OIM a permis d’assister 2,84 millions de personnes.
Ce dispositif constitue l’une des principales artères logistiques permettant aux Nations unies et à leurs partenaires de stocker puis d’acheminer rapidement des fournitures essentielles vers les populations vulnérables.
Mais cette artère risque de se tarir.
Plus d’un million de personnes avaient bénéficié de ce dispositif en 2024. Elles étaient 804 000 en 2025, puis seulement 330 000 depuis le début de 2026, alors même que les besoins continuent de croître.
Sans financement supplémentaire, les stocks d’abris, de matériel d’assainissement et d’articles essentiels pour les ménages pourraient être épuisés dès la fin septembre.
Les capacités logistiques et opérationnelles du dispositif, quant à elles, pourraient ne pas être maintenues au-delà de décembre.
Le prix de l’urgence
L’OIM estime à 15 millions de dollars le financement minimal nécessaire pour maintenir le dispositif pendant douze mois et venir en aide à environ 305 000 personnes.
Avec 27 millions de dollars, l’organisation pourrait retrouver un niveau d’assistance proche de celui de 2025 et atteindre environ 570 000 personnes.
Une enveloppe de 42 millions de dollars permettrait, elle, d’intensifier les opérations afin de fournir une aide vitale immédiate à jusqu’à un million de personnes.
Derrière ces montants, il y a une réalité simple : un abri pour une famille, de l’eau et du matériel d’assainissement, des articles essentiels pour les ménages, mais aussi une chance de ne pas reprendre la route.
La saison des pluies comme seconde épreuve
Le manque d’abris expose davantage les populations déplacées aux intempéries, aux maladies et à l’insécurité. Il accroît également les risques de violences fondées sur le genre, de séparation familiale et d’expulsion de sites déjà surpeuplés.
Les inondations peuvent, à leur tour, provoquer de nouveaux déplacements et fragiliser davantage des abris déjà précaires.
Au Soudan, la guerre a déplacé des millions de vies. La saison des pluies pourrait en déplacer davantage.
Alors que les stocks humanitaires risquent de s’épuiser dès la fin septembre, les prochains financements seront déterminants pour maintenir les opérations et répondre aux besoins liés au conflit et à la saison des pluies.
Le temps presse. Les stocks diminuent, les besoins augmentent et septembre avance.
Dans cette crise, une vérité demeure : quand la solidarité arrive trop tard, ce ne sont pas seulement les chiffres qui augmentent. Ce sont les vies qui basculent.
