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À l’est du Tchad, l’afflux continu de réfugiés soudanais met la réponse humanitaire sous pression

Redaction 20 août 2026 6 min de lecture
Des réfugiés soudanais marchent dans un camp d'accueil à l'est du Tchad.
Des réfugiés soudanais nouvellement arrivés dans l'est du Tchad. © Martin Bertrand

La crise soudanaise continue de faire sentir ses effets au Tchad. Alors que la guerre au Soudan se prolonge, des milliers de personnes continuent de franchir la frontière pour chercher sécurité et protection sur le territoire tchadien. Entre le 1er et le 15 août 2026, 2 373 nouveaux réfugiés soudanais ont été enregistrés dans les provinces de l’Ouaddaï, du Wadi Fira et de l’Ennedi Est.

Une capacité d’accueil de plus en plus sollicitée

Depuis le début du conflit soudanais, en avril 2023, le Tchad a ainsi accueilli plus de 941 700 réfugiés soudanais. Ces nouveaux arrivants fuient notamment les violences persistantes, l’insécurité et les attaques visant les infrastructures civiles au Darfour. Malgré une diminution des arrivées par rapport aux pics observés précédemment, le flux reste suffisamment important pour maintenir une forte pression sur les capacités humanitaires dans l’est du pays.

Face à cette situation, le HCR et ses partenaires poursuivent les opérations d’enregistrement, de protection, d’assistance et de relocalisation. Du 1er au 15 août, 2 851 réfugiés, représentant 814 ménages, ont été transférés vers le site d’Arkoum. Parmi eux figuraient 561 personnes ayant des besoins spécifiques.

Depuis avril 2026, près de 33 900 réfugiés ont été transférés vers des sites d’accueil considérés comme plus sûrs. Au total, les opérations de relocalisation ont concerné plus de 651 800 personnes depuis le début de la crise. Ces transferts permettent notamment de réduire les risques de protection et de faciliter l’accès aux services essentiels.

Mais derrière ces chiffres se profile une difficulté majeure : les capacités d’accueil restent insuffisantes. Le rapport fait état d’un déficit de 3 200 abris et de 12 658 réfugiés toujours en attente de relocalisation à Oure-Cassoni. La disponibilité limitée de nouveaux espaces d’accueil complique davantage la réponse.

Pour faire face à cette situation, le HCR poursuit également son travail de pré-enregistrement, d’évaluation et de documentation, tout en soutenant la construction de 10 542 abris d’urgence destinés aux nouveaux arrivants.

Au-delà de l’urgence, la question de la résilience

La réponse humanitaire ne se limite toutefois pas à l’accueil et à la mise à l’abri. Les fortes pluies constituent un autre facteur de vulnérabilité pour les populations réfugiées. Le HCR et ses partenaires procèdent à l’évaluation des dommages, à la réhabilitation des abris endommagés et à l’assistance des ménages les plus vulnérables.

Dans le même temps, des initiatives sont engagées pour réduire la pression sur l’environnement et favoriser l’accès à des sources d’énergie plus durables. 23 875 plants ont été distribués, ainsi que plus de 4 800 foyers améliorés. La distribution de charbon écologique a également été lancée à Goudrane.

À Iridimi, des évaluations techniques ont par ailleurs été réalisées afin de rétablir le système solaire endommagé par les intempéries. Ces interventions témoignent d’une volonté de dépasser la seule logique d’urgence pour renforcer progressivement la résilience des réfugiés et des communautés qui les accueillent.

Le risque sanitaire reste préoccupant

À cette crise de déplacement s’ajoute une autre préoccupation : la résurgence du choléra dans certaines régions du pays. Le Gouvernement tchadien, avec l’appui de ses partenaires, a renforcé les mesures de prévention et de riposte.

Plus de 700 000 personnes ont déjà été vaccinées, tandis que 160 922 personnes supplémentaires sont ciblées dans les zones considérées comme les plus exposées. Après la notification de nouveaux cas dans la province du Lac le 8 août, une équipe d’intervention rapide a été déployée à Haïrom et la surveillance transfrontalière a été renforcée.

Soutenir l’autonomie économique

Dans le sud du Tchad, une autre dimension de la réponse prend forme : celle du renforcement des moyens de subsistance. Dans le cadre d’un projet financé par la Fondation Mastercard, 892 réfugiés et membres des communautés hôtes ont bénéficié d’une assistance monétaire, soit 81 % des 1 099 personnes ciblées.

Au total, 102,5 millions de FCFA ont été distribués pour soutenir notamment les activités agricoles et le réapprovisionnement en petit bétail. Huit groupements ont également reçu un appui pour produire des semences résilientes au climat et du fourrage. L’objectif est de permettre aux ménages de renforcer leur sécurité alimentaire et leur autonomie économique tout en améliorant leur capacité à faire face aux chocs climatiques.

Une opération humanitaire confrontée à un important déficit de financement

Derrière l’ensemble de ces interventions se pose enfin la question du financement. Pour l’opération menée au Tchad en 2026, le HCR estime ses besoins à 352,6 millions de dollars.

Au 31 juillet 2026, seulement 115,2 millions de dollars avaient été reçus. Le financement atteint ainsi 36 % des besoins, laissant un déficit de 224,5 millions de dollars, soit 64 % des ressources nécessaires.

Ce déficit financier constitue l’un des principaux enjeux de la réponse. Car si le Tchad continue d’assurer l’accueil des réfugiés et si les organisations humanitaires poursuivent leurs interventions, l’écart entre les besoins et les ressources disponibles risque de limiter la capacité à répondre durablement à la crise.

Le défi d’une crise qui s’installe

Les chiffres du rapport du HCR dessinent ainsi une réalité à plusieurs dimensions. D’un côté, le Tchad continue d’assumer un rôle majeur d’accueil pour les personnes fuyant la guerre au Soudan. De l’autre, la durée de la crise transforme progressivement l’urgence en une situation humanitaire prolongée.

Les milliers de personnes encore en attente de relocalisation, le déficit d’abris, les contraintes foncières, les conséquences des pluies, les risques sanitaires et le manque de financement montrent que la réponse ne peut plus reposer uniquement sur des interventions ponctuelles.

L’enjeu est désormais de parvenir à concilier protection immédiate, accueil, accès aux services essentiels et solutions durables, tout en soutenant les communautés tchadiennes qui partagent leurs ressources avec les réfugiés.

Avec plus de 941 700 réfugiés soudanais accueillis depuis 2023 et une opération humanitaire financée à seulement 36 % à la fin juillet, le Tchad demeure en première ligne face aux conséquences régionales de la guerre au Soudan. Le défi humanitaire est donc loin d’être terminé : il s’agit désormais de maintenir l’accueil et la protection tout en donnant aux populations réfugiées et aux communautés hôtes les moyens de résister à une crise qui s’inscrit dans la durée.

Source : HCR, Rapport opérationnel – Réponse d’urgence à l’Est, Tchad, 15 août 2026.

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