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Politiques & Gouvernance

Union africaine et migration : où en est la mise en œuvre ?

Redaction 28 août 2026 5 min de lecture
Le siège de l'Union africaine à Addis-Abeba avec les drapeaux des États membres.
Le siège de l'Union africaine à Addis-Abeba, symbole des engagements continentaux sur la libre circulation et l'intégration.

Des routes du Sahel aux corridors de la Communauté d’Afrique de l’Est, des frontières du Maghreb aux grands pôles économiques d’Afrique australe, le continent africain n’a jamais cessé de bouger. Pourtant, derrière les grandes déclarations sur la libre circulation et l’intégration africaine, les obstacles restent nombreux. Entre engagements continentaux, politiques nationales et réalités vécues par les migrants, l’Afrique avance, mais pas encore mesurés.

Des engagements ambitieux sur le papier

Depuis plusieurs années, l’Union africaine (UA) cherche à construire une gouvernance migratoire à la hauteur des réalités du continent. Le Cadre de politique migratoire pour l’Afrique et son Plan d’action 2018-2030 fixe une ambition claire : faire de la migration un facteur de développement, tout en renforçant la protection des migrants, la lutte contre la traite et le trafic des personnes, ainsi que la coopération entre États.

À cette architecture s’ajoute le protocole sur la libre circulation des personnes, adopté en 2018. Son ambition est historique : permettre progressivement aux Africains de circuler, de résider et de travailler plus facilement sur le continent.

Mais entre l’Afrique des textes et celle des frontières, le fossé demeure.

Le protocole sur la libre circulation n’est toujours pas entré en vigueur, faute du nombre requis de ratifications. Cette situation révèle une difficulté majeure : les États africains adhèrent largement au principe de l’intégration, mais hésitent encore lorsqu’il s’agit de transférer une partie de leurs prérogatives nationales au bénéfice d’une mobilité véritablement continentale.

L’Afrique bouge malgré les frontières

Pourtant, les Africains n’ont pas attendu les protocoles de l’UA pour circuler.

Chaque jour, des millions de personnes franchissent les frontières pour travailler, commercer, étudier, rejoindre leur famille ou chercher de meilleures conditions de vie. La majorité des migrations africaines s’effectue d’ailleurs à l’intérieur du continent, et non vers l’Europe ou l’Amérique du Nord.

Dans plusieurs espaces régionaux, des avancées importantes ont été enregistrées. La CEDEAO a longtemps constitué un laboratoire de la libre circulation en Afrique de l’Ouest. En Afrique de l’Est, les mécanismes d’intégration ont également facilité la mobilité entre plusieurs pays.

Ces expériences montrent qu’une autre gouvernance migratoire est possible : une gouvernance qui ne considère pas systématiquement la mobilité comme une menace, mais comme une composante naturelle de l’intégration économique et sociale.

Entre mobilité et migration forcée

Mais l’Afrique contemporaine est aussi traversée par une autre forme de mobilité : celle imposée par les crises.

Du Soudan à la République démocratique du Congo, du Sahel à la Corne de l’Afrique, les conflits, les violences et les catastrophes climatiques provoquent d’importants déplacements de populations. Des millions d’Africains sont aujourd’hui déplacés à l’intérieur de leur pays ou contraints de chercher refuge au-delà des frontières.

Cette réalité met à l’épreuve les engagements africains en matière de protection. Accueillir, enregistrer, protéger, scolariser, soigner et intégrer les personnes déplacées exige des ressources considérables et une coopération régionale soutenue.

Dans le même temps, les routes migratoires irrégulières continuent d’alimenter les réseaux de traite et de trafic. Dans les déserts, sur les routes maritimes ou dans certaines grandes villes, la vulnérabilité des migrants devient parfois une marchandise.

Le véritable test : passer des textes aux actes

C’est ici que se trouve le principal défi de l’UA. Le continent ne manque plus de cadres normatifs. Il manque encore, dans de nombreux cas, de mécanismes suffisamment solides pour garantir leur application uniforme.

La gouvernance migratoire africaine devra donc franchir une nouvelle étape : harmoniser davantage les politiques nationales, renforcer les institutions régionales, améliorer la collecte des données et garantir les droits fondamentaux des migrants.

Car l’efficacité d’une politique migratoire ne se mesure pas au nombre de sommets organisés, mais à ce qui se passe lorsqu’un citoyen africain arrive à une frontière.

Si l’Union africaine veut réellement faire de la migration un moteur de l’intégration, il lui faudra désormais transformer ses frontières en lieux de passage plutôt qu’en lignes de séparation. Car une Afrique qui rêve de devenir un seul marché, un seul espace économique et, demain peut-être, un espace plus uni politiquement, ne pourra pas éternellement considérer ses propres citoyens comme des étrangers dès qu’ils franchissent une frontière. Le véritable test de l’intégration africaine ne sera donc pas la beauté des discours, mais la liberté avec laquelle l’Africain pourra enfin parcourir son propre continent.

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