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Migration, Femmes & Sociétés

Pacte mondial sur les migrations : la clause genre est-elle restée à Marrakech ?

Redaction 29 août 2026 4 min de lecture
Pacte mondial sur les migrations – Clause genre et femmes
La prise en compte du genre et la protection des femmes et des filles dans les crises migratoires au Tchad.

Sept ans après l’adoption du Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières, l’engagement en faveur des femmes et des filles est-il réellement traduit dans les politiques migratoires ? Au Tchad, la crise soudanaise met cette question à l’épreuve.

Décembre 2018, Marrakech. Cent soixante-quatre États adoptent le Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières. Le texte marque une étape importante dans la gouvernance internationale des migrations. Il reconnaît notamment la nécessité d’une approche sensible au genre et demande de prendre en compte les besoins spécifiques des femmes, des filles, des hommes et des garçons tout au long du parcours migratoire.

Sept ans plus tard, la question n’est plus de savoir si le genre figure dans le Pacte. Il y figure. La véritable interrogation est de savoir jusqu’où cet engagement est traduit dans les politiques publiques, les budgets et les dispositifs de protection.

Au Tchad, l’enjeu est particulièrement important. Depuis le début de la guerre au Soudan, le pays accueille des centaines de milliers de réfugiés soudanais, principalement dans l’est du territoire. Selon les données du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), les femmes et les enfants représentent environ 86 % des nouveaux réfugiés soudanais enregistrés ou préenregistrés au Tchad. Cette réalité démographique impose une réponse qui prenne pleinement en compte les risques spécifiques auxquels sont exposées les femmes et les filles.

Ces risques ne disparaissent pas après le franchissement de la frontière. Le HCR a documenté des cas de violences sexuelles et d’autres violences basées sur le genre parmi les personnes ayant fui le Soudan. Dans les zones d’accueil, les femmes et les filles peuvent également être exposées à des risques liés à l’accès à l’eau, aux latrines, au bois de chauffage ou aux déplacements. Des espaces sûrs, des services d’orientation et des distributions de kits de dignité existent, mais les besoins restent considérables.

L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) intègre elle aussi la prévention et l’atténuation des violences basées sur le genre dans son plan de réponse au Tchad pour 2025-2026. La dimension genre n’a donc pas disparu après Marrakech. Elle est présente dans les stratégies humanitaires et dans plusieurs programmes de protection.

Mais une question demeure : ces engagements disposent-ils de moyens suffisants et durables pour répondre à l’ampleur des besoins ?

L’autre difficulté concerne les données. L’OIM souligne depuis plusieurs années les lacunes persistantes dans les données migratoires sensibles au genre. Sans informations suffisamment détaillées sur les femmes, les hommes, les filles et les garçons, il devient difficile d’identifier précisément les vulnérabilités et d’orienter les ressources.

Le Pacte mondial n’est pas juridiquement contraignant. Sa mise en œuvre dépend donc largement de la volonté politique et des capacités des États.

Sept ans après Marrakech, le constat est nuancé : la clause genre n’est pas restée à Marrakech, mais son application demeure inégale.

Du texte international aux réalités de terrain, le véritable défi reste le même : faire en sorte que l’engagement en faveur des femmes et des filles se retrouve non seulement dans les conférences et les stratégies, mais aussi dans les budgets, les données et les services de protection.

De Marrakech à Adré, le Pacte a voyagé. Reste à savoir si ses engagements ont voyagé avec lui.

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